Depuis Istanbul, les funérailles des victimes de Suruç

suruç

Les funérailles de 18 des 32 victimes de Suruç se sont déroulées dans différentes villes de Turquie aujourd’hui. Les victimes, principalement des jeunes étudiants, ont perdu la vie ce lundi 20 juillet au cours d’un attentat-suicide. À Istanbul, près d’une dizaine de corps ont été inhumés, sur fond de manifestations qui ne cessent d’agiter la ville depuis deux jours.

Ils souhaitaient « reconstruire Kobané »

Dans le quartier d’Üsküdar, sur la rive orientale d’Istanbul, une marche funèbre a été organisée sur le coup de 13h00. Le cortège a processionné solennellement sous un soleil de plomb, et ce pendant plus d’une demie-heure, avant d’atteindre la mosquée de Şakirin Camii. La marche s’est terminée en présence des familles qui ont assisté à l’inhumation de deux des victimes aux côtés des participants.

Ces deux victimes étaient Büşra Mete et Ece Dinç, âgées de 23 et 19 ans. Tout comme la majorité de leurs 30 camarades disparus lors de l’attentat, elles appartenaient à la Fédération des jeunes socialistes.

Le groupe s’était réuni ce lundi à Suruç, ville turque située non loin de la frontière syrienne, afin de planifier un voyage humanitaire à Kobané dont le programme était intitulé « Reconstruire Kobané ». La majorité de ces victimes étaient aujourd’hui inhumées à Gaziantep, au sud-est de la Turquie.

L’événement a profondément choqué une partie de la communauté kurde de Turquie, mais également de nombreux Turcs aux sensibilités pro-Kurdes.

Arrivée du cortège au cimetière Karacaahmet, Istanbul
Arrivée du cortège au cimetière Karacaahmet, Istanbul.

Un choc politique sans précédent

Réagissant à l’appel lancé par le HDP [Parti démocratique des peuples] à Istanbul, près de deux milliers d’entre eux se sont réunis face au lycée Galatasaray afin de manifester leur soutien aux défunts et à leurs familles. La foule avait été brutalement dispersée plus tard dans la même soirée, tandis qu’une autre manifestation réunissait un millier de manifestants le lendemain dans le quartier de Kadiköy.

Près d’une trentaine de protestaires auraient été arrêtés depuis le début de la contestation, preuve que la récéption de l’événement ne s’est pas effectuée par les pro-kurdes d’une manière simplement émotionelle mais également politique, la majorité des groupes d’extrême-gauche se sont fédérés au sein d’une véritable vague contestataire.

S’il est encore loin de représenter un « nouveau Gezi », ce mouvement de protestation orchestré par le HDP pourrait du moins s’avérer l’un des plus importants depuis les manifestations étudiantes de 2013.

En tête du cortège funèbre.  Sur l'étendard on peut lire "La mafia AKP-DAECH sera vaincu".
En tête du cortège funèbre. Sur l’étendard en tête du cortège on peut lire « La mafia AKP-DAECH sera vaincue. »

Un cadre du HDP, quatrième force d’opposition en Turquie, s’exprime : « Notre projet est de manifester quotidiennement jusqu’à ce que nous obtenions ce que nous demandons au gouvernement : que nos dirigeants cessent de supporter l’Etat islamique, ainsi que la réouverture des frontières que notre pays partage avec la région de Rojava [région autonome du nord-est au nord-ouest de la Syrie]. Il est temps que la Turquie suive le pas de la communauté internationale et apporte son soutien aux Kurdes qui sont prêts à sacrifier leur vie contre la tyrannie de l’EI. »

Interrogé au sujet des forces de police déployés pour disperser les manifestants, il illustre par son récit les images de dispersions soudaines et injustifiées rapportées par la presse. « Vous l’avez vu par vous-même, précise-t-il, nous prenons soin de ne pas provoquer la police, nous restons pacifiques. Malgré tout ils finissent toujours par nous agresser à un moment ou à un autre. »

Officier de police rue Istiklal durant les affrontements du 22 juillet.
Officier de police rue Istiklal durant les affrontements du 22 juillet.

L’AKP, au pouvoir depuis 2002, subit en effet depuis plus d’un an de nombreuses critiques au sujet de sa politique ambigüe vis-à-vis du groupe Etat Islamique. En mai dernier, une série de vidéos avaient potentiellement révélé une prétendue livraison d’armes effectuée par les services spéciaux turcs à destination des djihadistes. Les nombreuses allégations du président Erdoğan au sujet de la possibilité d’un état kurde, perçu comme une véritable menace, n’ont pas arrangé les soupçons d’une partie de la population.

En effet, certains milieux d’opposition considèrent que le gouvernement serait prêt à perpétrer des attentats sur son propre territoire afin de provoquer la communauté kurde de Turquie. Une thèse jugée ridicule par le pouvoir.

Si la piste djihadiste semble être privilégiée, l’attentat de Suruç n’a cependant toujours pas été revendiqué, tandis qu’une série de manifestations serait à prévoir pour les jours à venir. Un important dispositif policier a été mis en place à Istanbul comme dans la capitale Ankara.

 

Alexandre Brutelle avec

logo-aujourd-hui-la-turquie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *